Réflexions sur la Simplicité Volontaire et la Décroissance - Le site de Philippe Lahille

Démocratie ou oligarchie ? Ces politiques qui nous volent le pouvoir…

Nous ne cessons tous de répéter que nous sommes en démocratie. Politiques, médias, femmes et hommes de la rue, tout le monde le scande à qui mieux mieux : nos pays européens, occidentaux, sont des démocraties.
La preuve irréfutable : nous votons.
On a donc associé le mot démocratie à celui d’élection. Et ce, depuis plus de deux siècles.
C’est malheureusement oublier ce que signifie « démocratie » : le pouvoir exercé par le peuple.
Le peuple exerce t-il le pouvoir ?
Bien sûr que non. Par le truchement d’élections (dont nous ne choisissons même pas les candidats) nous mandatons tel ou tel pour nous représenter à la tête de l’état ou dans une assemblée législative et nous lui remettons les clés du pouvoir. Un blanc-seing. Si sa politique nous déplait, nous devons patiemment attendre la fin du mandat pour en élire peut-être un autre, et l’histoire recommence.
Soyons idéalistes et imaginons que les candidats pour lesquels nous votons sont l’élite de l’élite (les plus diplômés, les plus instruits, les plus intelligents, les plus compétents). Dans ce cas, notre système politique est aristocratique, c’est-à-dire que les élites, les meilleurs, les excellents (aristos) exercent le pouvoir.
Après tout, confier la responsabilité du pouvoir aux plus compétents, l’idée se défend.
La réalité est encore tout autre.
Ceux que nous élisons sont des politiciens professionnels, dont l’objectif premier n’est pas de représenter le peuple dans un hémicycle, mais d’accéder et de conserver aussi longtemps que possible le pouvoir. Parce que le pouvoir grise, parce que le pouvoir procure nombre d’avantages pécuniaires et sociaux, parce que le pouvoir corrompt (et énormément de pouvoir corrompt énormément).
Pour accéder au pouvoir, tout comme pour s’y maintenir, il faut faire campagne et se faire élire. Pour faire campagne, il faut de l’argent. Pour avoir toutes les chances se faire élire, il faut encore plus d’argent que son adversaire, mais l’argent ne manque pas.
Ceux qui en gagnent à foison arrivent à s’enrichir immensément parce que les politiques créent (ou tolèrent) les conditions de leur enrichissement (niches et évasions fiscales, impunité, immunité, facilités, cécité…).
Pour faire court :
« Cher élu, je suis riche, je finance ta campagne (légalement ou illégalement), et une fois élu, tu me remercies en votant les lois ou en signant les traités qui me permettront de m’enrichir encore davantage, et de financer encore davantage ta prochaine campagne ».
Je te tiens, tu me tiens, le premier qui lâche l’autre a tout perdu. Et comme je suis très riche, je finance les politiques de tous bords, pour le cas où la plèbe voterait l’alternance.
Le pouvoir est donc exercé aujourd’hui par un petit nombre de politiciens et de nantis qui se rendent mutuellement service afin de conserver leurs prérogatives. Cela l’appelle l’oligarchie (le pouvoir entre les mains d’un petit nombre, qui plus est de connivence).
 
J’ai à peine forcé le trait, l’actualité récente et récurrente sur les affaires de mallettes et de financement de campagnes électorales le démontre !
 
Existe-t-il une issue ?
 
Non seulement la vraie démocratie (et seule digne de ce nom) existe, mais elle a fonctionné et fait ses preuves. Il faut remonter à la Grèce Antique, à la démocratie athénienne qui a perduré environ trois siècles. Il s’agissait d’une démocratie directe, dite par « tirage au sort ». La démocratie directe existe à petite échelle (la famille, certaines communautés, des villages comme Marinaleda en Andalousie…) car il est facile de réunir chaque individu qui le souhaite et de recueillir son vote. Un vote non pas pour élire un représentant, mais pour décider de telle ou telle mesure concrète.
Vous conviendrez qu’il est difficile d’interroger la population complète d’un pays pour chaque décision politique, économique ou sociétale (même à l’époque de la Grèce Antique). Il faudrait organiser plusieurs référendums par jour !
Les Grecs constituaient alors une assemblée tirée au sort, qui siégeait un temps, puis était remplacée.
 
Sans chercher à se caler sur le modèle grec tel qu’il fut, nous pourrions conserver le principe du tirage au sort, mais adapté à notre société contemporaine.
Le tirage au sort, selon la loi des probabilités, désignera autant de femmes que d’hommes, donnera une meilleure représentativité de la diversité de la population. On peut aussi décider, l’informatique aidant, que le tirage au sort réponde à des critères précis : autant de femmes que d’hommes, une représentation proportionnelle de chaque région, de chaque catégorie socio professionnelle. On peut même convenir d’un niveau minimum d’études (le bac par exemple) pour s’assurer de compétences minimales. Ceux qui sont tirés au sort mettent entre parenthèse, le temps du mandat, leur vie professionnelle pour servir la cause publique. Comme un juré tiré au sort pour un procès d’Assise (tiens, voilà un exemple de démocratie directe…). Il est dédommagé pour cela (et ce sera toujours moins onéreux que pour un politicien professionnel).
Voilà une assemblée qui nous ressemble, constituée de gens comme vous et moi, pétris de bon sens et certainement à même de comprendre ce qui est bien et bon pour le plus grand nombre.
 
Il va de soi que cette assemblée doit répondre à des règles auxquelles elle doit impérativement se soumettre, cela s’appelle une Constitution. Nous en avons déjà une, me direz-vous, mais… il y a un hic. Qui écrit la Constitution aujourd’hui ? Les politiques, c’est-à-dire ceux-là mêmes qui devront en respecter les règles.
Imaginez que vous demandiez au délinquant de fixer lui-même la nature de sa peine, ou au contrevenant de décider du montant de son amende… Conflit d’intérêt flagrant.
 
La Constitution, la Nouvelle Constitution qui chapeautera notre système de démocratie directe, devra être écrite, non pas par des politiques, mais par des sages, des personnes connues et reconnues pour leur intégrité, leur hauteur de vue, leur tolérance, leur attachement au bien commun, etc. On peut imaginer un groupe constitué de philosophes, de sociologues, de scientifiques, d’éducateurs, de représentants de la Justice, des Droits de l’Homme ou d’associations caritatives, voire de mystiques.
 
Une fois la Constitution écrite et le Parlement tiré au sort, l’exercice du pouvoir peut commencer.
La première objection que vous me ferez sera sans doute la suivante : pour des problèmes complexes ou très techniques, les membres de l’Assemblée n’auront aucune expertise pour décider.
Mais qui empêche l’Assemblée de commander des rapports d’experts, de demander des audits, de solliciter des organismes du type Cour des Comptes, etc. ? Qui empêche l’Assemblée de s’assurer de l’impartialité de ces experts ?
A mon avis, une Assemblée de non professionnels de la politique, à qui l’on confie la responsabilité de la gestion d’un Pays, prendra des décisions beaucoup plus justes et sensées qu’une poignée d’oligarques véreux.
 
Prenons quelques exemples :
- croyez-vous qu’une vraie assemblée populaire aurait pu décider, comme en 1973, que l’état devait dorénavant se financer auprès des banques privées ?
- croyez-vous qu’une vraie assemblée populaire refuserait obstinément de poursuivre tous ceux qui pratiquent l’évasion fiscale (et qui sont bien connus de tous, fichés, mais protégés…)
- croyez-vous qu’une vraie assemblée populaire accepterait qu’une multinationale comme Monsanto dépose des brevets sur le vivant ou interdise aux paysans la production de leurs propres semences ?
- croyez-vous qu’une vraie assemblée populaire tolèrerait que des services publics, comme la distribution de l’eau ou de l’énergie, les transports publics, les banques, soient privatisés afin d’enrichir des actionnaires ?
- croyez-vous qu’une vraie assemblée populaire s’opposerait à une taxation des transactions financières ?
- croyez-vous qu’une vraie assemblée populaire autoriserait les banques à utiliser l’argent de votre épargne pour des spéculations financières douteuses ?
 
Continuez la liste par vous-même…
 
Les quelques exemples choisis montrent parfaitement que beaucoup de lois sont votées non pas pour le bien public mais pour l’intérêt de quelques-uns. C’est gros comme le nez au milieu de la figure, personne n’est dupe, c’est dénoncé à longueur de temps, mais nous n’y pouvons rien… Ce sont nos représentants – ceux que nous avons élus – qui bafouent l’intérêt de leurs propres administrés. En toute impunité car au nom d’une pseudo-démocratie et dans le cadre d’une Constitution que leurs pareils ont écrite.
 
Je fais le pari qu’une vraie assemblée populaire serait plus performante et mieux avisée.
 
Pour approfondir le sujet, je vous invite à visiter le site d’Etienne Chouard :
http://etienne.chouard.free.fr
Beaucoup d’articles, de vidéos, de débats.

  
 

 






 
 
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