Réflexions sur la Simplicité Volontaire et la Décroissance - Le site de Philippe Lahille

Economie immorale ?


Nous vivons dans un monde policé où toutes les règles du bien vivre en société sont rigoureusement codifiées. Ces règles sont en grande partie issues d'une morale religieuse plurimillénaire (dix commandements et autres grands classiques...). Elles ont été formalisées ces derniers siècles par un arsenal de lois régissant dans les moindres détails notre quotidien.

Nous avons tous compris qu'il ne fallait pas tuer son voisin, voler ou détruire ses biens, soumettre plus faible que soi à l'esclavage, l'insulter, le harceler, le torturer, etc. Ces principes sont appliqués à peu près partout autour de cette planète. Des institutions telles que police et justice existent depuis les origines de la civilisation pour les faire respecter. C'est ce que nous appelons une société de droit, en opposition à la loi naturelle dite "de la jungle" ou "loi du plus fort". Le faible a les mêmes droits que le fort, mon voisin qui fait de la musculation n'a pas intérêt à venir me casser la gueule (même si je suis épais comme un cure-dent) sous peine de se retrouver derrière les barreaux.

Pourtant, un pan entier de notre société échappe totalement à ces règles : il s’agit de notre système économique dit « libéral ». Tout le monde s’en accorde, comme si cela allait de soi. La définition de l’économie est la suivante : activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et services. Vous lisez bien : « activité humaine ». L’économie régit les échanges de biens et de services entre les différents êtres humains. Vous savez, ces êtres humains dont nous parlions un peu plus haut, ceux dont les relations entre eux sont si bien codifiées et policées.

Il va donc falloir m’expliquer par quel subterfuge je ne peux nuire à autrui, sauf si je le fais dans le cadre d’une activité économique !

Nos échanges économiques ne connaissent que deux lois : la cupidité et la compétition. Ecraser l’autre, le ruiner et m’accaparer de ses biens est une vertu ! M’enrichir au-delà de toute mesure en mettant des milliers de familles à la rue démontre mes grandes qualités de gestionnaire. Exploiter à outrance des populations faibles et serviles, tout en polluant leur environnement, dénote ma performance en matière de productivité. Corrompre habilement quelques politiques, juges ou fonctionnaires pour s’affranchir de contraintes législatives fait de moi un fin stratège. Faire peser sur les employés de mon entreprise une insupportable compétition et les menacer de chômage pour mieux les soumettre prouve mes qualités de manager (et qu’importe s’il s’en suicide quelques uns de temps en temps, nul n’est irremplaçable… d’autant que, la nature faisant bien les choses, ce sont les plus fragiles qui nous quittent les premiers).

Nous assistons bien à une inversion des valeurs.

Ce qui est une qualité dans la sphère privée devient une faiblesse dans la sphère économique.
Si j’aide mon voisin qui connait quelques difficultés passagères, je suis un homme de bien. Mais que je ne m’avise pas à secourir une entreprise concurrente !

Si je prends soins de mon aïeul impotent, je suis un brave petit-fils serviable qui cultive le sens de la famille et le respect des anciens. Mais que je ne m’avise pas à garder dans mon personnel un senior dont la productivité fléchit !

Si je me soucie de l’éducation et du bien-être de mes enfants, je suis un bon père. Mais hors de question d’agrémenter et d’améliorer les conditions de travail de mes employés, ils vont considérer cette faiblesse comme un acquis.

Si j’expulse mon voisin de sa maison et installe ma famille dans ses meubles, je suis un hors-la-loi. Mais ruiner et racheter pour l’euro symbolique mon concurrent afin de doubler ma capacité de production fait de moi un capitaine d’industrie respectable !

Vous pouvez débattre sans fin de cet état de fait, trouver mille arguments, se référer à telle ou telle théorie économique, se gargariser de pragmatisme et de fatalisme ou faire preuve d’un cynisme convenu, je méprise toutes vos arguties. Au nom d’une utopie de civilisation et d’humanisme.
Rien ne justifie que nous acceptions avec fatalité que notre société se déshumanise. Toute idéologie (ou absence totale d'idéologie) qui a pour conséquence d'aliéner l'homme est à bannir.







 
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