Réflexions sur la Simplicité Volontaire et la Décroissance - Le site de Philippe Lahille

La simplicité volontaire et le couple

S’impliquer dans une démarche de simplicité volontaire occasionne inéluctablement des changements de comportement, d’habitudes, de gestion du temps ou de l’espace (désencombrement, consommation maîtrisée, nouveaux réflexes écologiques, éducatifs, etc.). Si vous vivez en couple, cette démarche peut être idéalement partagée et elle n’en sera que plus stimulante, l’émulation aidant. Mais elle peut être aussi la volonté d’un seul.

Parmi les témoignages reçus suite à la publication de mon guide, celui-ci est récurent : mon conjoint ne partage plus ma façon de vivre, ma « décroissance » au quotidien devient source de conflits, j’ai peur pour mon couple.

N’étant pas conseiller conjugal, n’attendez-pas de moi la solution miracle. Seulement quelques réflexions qui me viennent à ce sujet.

Il y a de nombreuses façons d’emprunter le chemin de la sobriété (j’en propose plus de cent dans mon petit guide). Si vous avez choisi de partager le quotidien de votre âme-sœur, c’est certainement qu’au départ des idéaux, des motivations, des passions, des goûts vous rapprochaient. C’est même cela qui vous a probablement mené à vous rencontrer. Vivant ensemble, la maturité de l’un et de l’autre se fait naturellement au diapason. Pourquoi donc votre volonté de vous engager dans la sobriété deviendrait-elle insupportable à votre conjoint ?
Plutôt que de lui imposer votre façon de voir, parlez-en à cœur ouvert. Pas de manière forcément concrète dès le départ, mais faites-lui part de votre vision de la société actuelle, de cette quête effrénée de croissance dans ce monde où les ressources se raréfient, de ce matraquage publicitaire et de cette incitation à l’hyperconsommation qui dégénèrent en surendettement, des problèmes écologiques qui s’aggravent, de la perte de valeurs essentielles, de notre course folle après le temps… Bref, partagez vos réflexions, vos prises de conscience, vos inquiétudes et exprimez votre souhait de prendre un peu du recul par rapport à cette agitation.

Il est probable que votre cher(e) et tendre partage vos observations tant elles sont évidentes et fondées. Vous n’aurez aucune difficulté à l’y faire adhérer.
Dans un deuxième temps, questionnez-vous ensemble sur des débuts de solutions que vous pourriez envisager pour vivre mieux et plus sereinement. Voilà l’idée-force : il ne s’agit pas de se serrer la ceinture, il s’agit de vivre mieux. La promesse devient donc séduisante et non réductrice.

Donc, dans l’ordre : 1/ constat et analyse des dérives de notre société - 2/ conséquences sur notre quotidien, perturbations induites - 3/ quelles solutions pour vivre mieux ? – et ce n’est que dans un quatrième temps que nous commençons à proposer des solutions alternatives et évoquons les vertus de la sobriété. Nous y voilà enfin.

Je conseille dans mon livre que chacun des deux le lise de son côté et coche les propositions qui le séduisent. Et que le couple mette alors en œuvre, dans un premier temps, les propositions retenues par les deux. Dans un deuxième temps, on fait un point, on regarde comment on a évolué et on parle ensemble des propositions cochées par l’un mais pas par l’autre.

Ce sont là quelques pistes afin que la simplicité volontaire ne devienne pas un sujet de discorde à la maison, mais au contraire un objectif qu’on se fait fort d’atteindre ensemble pour un meilleur épanouissement de chacun.
Puis l’autre cas de figure : chacun sur ses positions, l’un qui tend vers la sobriété, l’autre qui conserve ses habitudes. Et alors ? Celui qui aura choisi la simplicité a de fortes chances de devenir jour après jour plus serein, plus épanoui. C’est probablement par l’exemple qu’il finira par convaincre l’autre de la justesse de son choix. Tout comme des enfants de parents « décroissants » choisissent très souvent ce modèle une fois adulte, avec le recul, convaincus des avantages de ce choix de vie.

Et je voudrais conclure sur un dernier point : la relation de couple est avant tout une relation qui se doit d’être respectueuse de l’autre. Un couple, se sont deux personnes qui s’aiment et qui échangent, mais qui conservent leur personnalité propre et leur liberté. Je déteste le pronom possessif qui nous fait trop souvent dire MON mari, ou MA femme. Nous n’appartenons à personne, nous ne sommes pas la propriété de l’autre, nous sommes son compagnon, celui avec qui « on mange le pain », celui avec qui on chemine. Si ce préalable - non négociable - est respecté dans le couple, alors on peut admettre sans difficulté que l’autre puisse avoir des besoins et des désirs différents, puisse cheminer à un rythme plus lent ou plus rapide, puisse poursuivre d’autres priorités. Et l’aimer tout autant, simplement parce que c’est lui, parce que c’est elle…






 
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