Réflexions sur la Simplicité Volontaire et la Décroissance - Le site de Philippe Lahille

Economie libérale et syllogisme

Aristote avait étudié en son temps les syllogismes. Il y a ceux qui se vérifient, et d’autres plus paradoxaux.

Tous les hommes sont mortels / Or les Grecs sont des hommes / Donc les Grecs sont mortels

Rien à redire. En revanche :

Tout ce qui est rare est cher / Or, un cheval bon marché est rare / Donc un cheval bon marché est cher.
Paradoxal, mais pas si faux que cela. Trouver un cheval bon marché n’est pas facile, il vous en coûtera des recherches, du temps, des déplacements… Il sera donc cher d’une certaine manière.

Oublions les grecs, leurs chevaux, et examinons plutôt ce syllogisme plus contemporain :

L’économie libérale doit s’appuyer sur une croissance économique permanente pour exister et prospérer.

Or, une croissance économique infinie est impossible dans un monde géographiquement fini.

Donc notre modèle économique libéral est appelé à une mort certaine.

Ce syllogisme se vérifiera t-il ? Sinon, où se situe l’erreur ?

L’économie libérale court à la faillite dès l’instant où la croissance économique n’est plus au rendez-vous. Et ce, en un temps record. Nous venons de le vivre fin 2008. Quelques mois de « croissance négative » et tous les indicateurs se mettent au rouge. Les banques font faillite, certaines pour de vrai, d’autres font semblant pour se faire perfuser à bon compte, la bourse s’affole, des pays entiers sont en cessation de paiement, c’est la panique dans le poulailler. On prend conscience à quel point ce système libéral est un colosse aux pieds d’argiles. La moindre bourrasque l’ébranle dangereusement. Dangereusement pour qui ? Ceux qui vivent grassement de ce système libéral font alors preuve d’une imagination sans limite pour relancer la machine, coûte que coûte. Il en va de la préservation de leurs privilèges. Et la machine semble tout doucement repartir, cahin-caha, on a posé à la hâte des rustines partout ou des fuites se déclaraient, des pansements par ci, des mesurettes par là, et pourvu que ça reprenne. C’est oublier que les causes ayant entrainé cette crise vont se reproduire, à intervalles de plus en plus courts, avec une ampleur de plus en plus inquiétante.

On en vient à la deuxième proposition de notre syllogisme. La croissance économique (doublée et s’appuyant sur une démographie galopante) ne peut continuer indéfiniment. C’est une machine infernale qui a besoin pour se nourrir de toujours plus de consommation, de produire toujours plus pour la satisfaire, et donc de puiser dans les ressources limitées de notre planète (énergies fossiles, matières premières, etc.). Un enfant de cinq ans est capable de comprendre que cette équation a inéluctablement une limite. Donnez lui un paquet de bonbons, plus il en mangera et plus vite le paquet se videra.

Alors oui, je pense que ce modèle économique libéral touche à sa fin. Ceux qui sont aux manettes le savent bien, au fond d’eux-mêmes, mais ne peuvent l’avouer. Les rats vont quitter le navire. Ils vont piller tout ce qui peut encore l’être, assurer leurs arrières face au tsunami qui ne peut manquer d’arriver. Je ne leur fais aucunement confiance pour trouver des solutions durables, pour réparer d’eux-mêmes les dégâts, pour se remettre tout simplement en question.

Et maintenant, vers quoi ou qui se tourner ? Le communisme a lui-même fait faillite (inadapté à la nature humaine ou trop précurseur ?). Les Etats, et au-dessus d’eux, les grandes institutions internationales, vont devoir se retrousser les manches, adopter des mesure extrêmement contraignantes. On va appeler les pompiers. Et ce sont les Etats qui seront sollicités. On va se tourner vers eux pour leur demander aide et protection. Nous avons eu une première démonstration fin 2008 et début 2009. Retour à des Etats forts, à des politiques de plus en plus coercitives, à des mesures d’urgence draconiennes ? Probablement.

La vraie question est de savoir si ce sera suffisant, et surtout, pas trop tard ?

 




 
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